#Compétitivité / Reveillez-vous ! Nous sommes en guerre !

Image: wikipedia


La guerre économique existe t’elle vraiment ? Cette question continue de se poser aujourd’hui par des personnes qui sont eux mêmes les acteurs et les victimes de cette guerre. Si oui, quels sont les aboutissants ? Pourquoi ne sommes nous pas mis en garde ? Les acteurs économiques de nos nations le savent-ils ? Sont-ils préparés à cette guerre ?

Il est repris ici pour nous en convaincre, quelques éléments du livre « La guerre économique mondiale » de Bernard Esambert 

Nous vivons désormais en état de guerre économique mondiale, et il ne s’agit pas seulement là d’une métaphore militaire. L’objet de cette guerre est, pour chaque nation, de créer chez elle emplois et revenus croissants, parfois au détriment de ceux de ses voisins. Au-delà du formidable accroissement du commerce mondial qui en est la manifestation la plus éclatante, la guerre économique impose également des débarquements chez « l’ennemi » par implantation à l’étranger, la défense de l’arrière par des entreprises à caractère régional et l’établissement de protections.

Les nations qui gagnent sont celles qui réussissent à avoir un commerce extérieur suréquilibré et important par rapport au PNB (ces deux caractéristiques allant souvent de pair). Et les morts de la guerre économique sont les chômeurs et les misérables, les exclus de la croissance. 

Aux États-Unis, par exemple, des pans entiers de l’industrie ont disparu en conséquence de cette compétition effrénée à laquelle se livrent les entreprises et les nations au niveau planétaire : une partie de l’électronique, de l’industrie automobile, sans parler, bien sûr, des secteurs qui ont sombré depuis longtemps, comme celui des appareils photographiques, des motos et quelques autres. Des centaines de milliers d’emplois ont été détruits. La métaphore militaire n’est pas trop forte. On retrouve là, la destruction créatrice de Schumpeter.

Les armes offensives

L’innovation

L’arme la plus importante c’est l’innovation qui n’est pas sans lien avec la recherche-développement car c’est par l’innovation que l’on acquiert des positions stratégiques sur le marché mondial. Cette arme est importante au niveau des entreprises, c’est-à-dire au niveau microéconomique. Elle l’est, bien sûr, au niveau macroéconomique et donc au niveau des États cette fois. Les nations qui ont un taux de recherche-développement important, surtout quand celui-ci est orienté vers la recherche appliquée, se portent mieux et portent plus haut leurs couleurs dans la compétition internationale.

La productivité

La deuxième munition de la guerre économique est la productivité. Cela semble évident. Cela l’est un peu moins si l’on regarde les choses de plus près, au travers de l’exemple suivant. La compétitivité de l’industrie française est supérieure dans de nombreuses branches à celle de l’industrie germanique. Mais les Allemands exportent bien davantage que la France. Dans la guerre économique, comme d’ailleurs dans d’autres formes de guerre, la ténacité, la continuité, la persévérance jouent un rôle important. Cela fait plus de quarante ans que l’Allemagne développe un potentiel industriel de qualité avec l’appui de puissants réseaux commerciaux et de maintenance à l’étranger ; lesquels ont créé la réputation de qualité des produits allemands.

Le degré d’éducation

Plus le niveau d’éducation générale d’une nation est élevé, cohérent, homogène, et plus cette nation est capable de donner les coups de collier qui s’imposent, de réagir avec l’intelligence et le degré de mobilisation nécessaires. Dans ce domaine encore, l’exemple du Japon a été particulièrement éclairant.

Les armes défensives

Les droits de douane

La première protection, bien sûr, est celle des droits de douane. Il y a cinquante ans, cette barrière était importante. Elle pouvait représenter plus de 40 % des prix des produits. Aujourd’hui, l’Uruguay Round a réduit les droits de douane résiduels à quasiment zéro et a amorcé l’extension de ce désarmement aux services et aux produits agricoles qui n’étaient pas visés par les négociations antérieures. Il a débouché à Marrakech sur la création d’une Organisation mondiale du commerce (OMC) au sein de laquelle sont ou devraient être débattus les problèmes du commerce international.

Les protections monétaires

À partir du moment où les protections douanières se sont quasiment évanouies, une nouvelle forme de protection a fait son apparition en 1971, époque à laquelle Richard Nixon, voyant apparaître un déficit important du commerce extérieur pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, a dévalué le dollar (une deuxième dévaluation du dollar en 1973 a ouvert la voie au flottement général des monnaies). C’est par de semblables dévaluations que beaucoup de pays se sont, depuis, protégés d’échanges trop agressifs qui auraient conduit un certain nombre de secteurs industriels à en subir les effets dévastateurs. On sait pourtant maintenant qu’au contraire il faut avoir épisodiquement une monnaie forte et stable, qui oblige à des surcroîts d’efforts bénéfiques pour le tissu économique de la nation.

Les entraves au commerce international

La troisième forme de protection est de nature non tarifaire. Il s’agit des entraves de toute nature au commerce international. Le GATT en avait recensé 6 ou 7 000. En matière de norme, le florilège des protections nées de l’imagination humaine est sans limite dès lors qu’une industrie est menacée. Dans le début des années soixante-dix, les réfrigérateurs français fabriqués par les firmes Brandt et Thomson se voyaient soumis à une forte concurrence des réfrigérateurs Zanussi d’origine italienne. Bien entendu, les Français accusaient les Italiens de dumping et appelaient au secours les pouvoirs publics. Ceux-ci ont mis en oeuvre à l’époque une norme de dimensions et de thermicité pour les réfrigérateurs, interdisant ainsi l’importation de réfrigérateurs italiens. Mais les ingénieurs transalpins, dont on connaît l’agilité d’esprit, ont mis moins de trois mois pour fabriquer des réfrigérateurs aux normes françaises qui ont de nouveau déferlé sur notre marché.

C’est une guerre qui visiblement, est bien ouverte. La guerre économique est réelle ! A y voir de plus près, aucun Etat ne saurait se dérober sinon courir le danger d’être une victime. Et c’est bien se qui se constate dans les pays en développement. C’est dans ces pays – l’Afrique sub-saharienne y compris – qu’on enregistre le plus grand nombre de morts : chômeurs, misérables, exclus de la croissance, entreprises précaires et non compétitives, déchirures sociales, ….

Lire également notre article : Conquête des marchés africains : les conseils aux multinationales

Il faut que les Etats africains prennent conscience de cette guerre. Que les dirigeants d’entreprise en Afrique sub-saharienne se préparent à mener ce combat qui leur est imposé. Jusque-là en état de défaite, il est impératif qu’ils mettent en place des dispositifs, des stratégies qui leur permettent de gagner les grandes batailles dans cette guerre ; à commencer par celles qui se déroulent sur leurs propres territoires… Reveillez-vous ! Nous sommes en guerre !

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